En cours…

Musée d’Art Moderne de Paris

Dans les collections permanentes

Du 21 juillet 2026 au 04 janvier 2027
Du mardi au dimanche
De 10h à 18h

Musée d’Art Moderne de Paris
11 Avenue du Président Wilson
75116 Paris

www.mam.paris.fr

Stéphane Bordarier - 12 juin 2019 [photo de François Deladerriere]
Depuis le milieu des années 1980, Stéphane Bordarier (né en 1953) développe une œuvre s’inscrivant dans cette mouvance historique qui voit la peinture devenir son propre sujet. Singulière dans le paysage de l’art contemporain, sa pratique, attentive à ce qu’il nomme la « qualité de surface », repose sur un équilibre entre contraintes imposées et liberté du geste.

Réduisant progressivement son langage pictural à l’essentiel — une couleur, une forme — Stéphane Bordarier explore les potentialités d’une peinture à la fois rigoureuse et profondément sensible. Ses œuvres naissent d’un processus immuable : sur une toile tendue sur châssis et enduite de colle de peau tiède, il applique le pigment pendant le temps de prise de la colle. L’artiste se dit alors « chassé » de la toile par la matière qui se fixe, déterminant l’achèvement du tableau : couleur et forme s’accordent dans une résolution propre à chaque œuvre. Généralement réduite à une seule tonalité, la surface de la toile acquiert, par l’imprégnation du pigment mêlé à la colle, un aspect mat et une intensité particulière. Le tableau se construit ainsi dans une relation étroite au temps.

Dans la série des Noires, la couleur, issue d’un mélange de deux tons à même la toile, n’apparaît jamais comme une valeur fixe ou absolue mais révèle une profondeur chromatique subtile. Ces œuvres, traversées de nuances changeantes, sensibles à la lumière et au déplacement du regard, laissent percevoir leur processus de réalisation.

Pendant près de trente ans, la Galerie Jean Fournier à Paris a accompagné et présenté le travail de Stéphane Bordarier. Il est aujourd’hui représenté par la Galerie Dina Vierny.

Grâce à une acquisition récente complétée par un don de l’artiste, cinq œuvres de Stéphane Bordarier ont intégré les collections du musée en 2026. Elles sont présentées aux côtés de plusieurs prêts provenant de l’atelier, offrant un aperçu significatif de son parcours et de ses recherches picturales.

Commissaire Julia Garimorth, conservatrice en chef au Musée d’Art Moderne de Paris assistée de Sixtine Chéné

Dans la presse…

Art Press

#546 – septembre 2026

Article de Stéphane Bordarier (Die Farbe hat mich) dans le dossier Penser la couleur.

www.artpress.com

« Die Farbe hat mich » (FR)

J’ai participé, en 2000, à l’exposition Die Farbe hat mich (La couleur m’a pris) au Karl Ernst Osthaus Museum de Hagen, en Alle-magne, qui s’est poursuivie en 2003 à New York sous le titre Seeing Red. La phrase de Klee dit bien ce qu’il en est de la couleur pour un peintre. Pour moi, la seule chose qui, in fine, fera tenir un tableau, c’est sa couleur –et c’est toujours très mystérieux.
La qualité de la couleur (sa qualité de surface) fait que vous peignez « après » Piero della Francesca, après Picasso, après Hans Hofmann, et « après », ici, veut dire « avec ». Le lien avec les peintres, pour moi, c’est la couleur. La couleur est ce qui me captive, indépendamment du « sujet » du tableau.
J’ai toujours été attiré par la couleur maigre, celle de Matisse (certains parmi ses plus beaux tableaux n’ont que la peau sur les os), de James Bishop, de Miró : la maigreur lui permet souvent d’être éclairée par ses dessous, par le grain de la toile qui la porte. Je suis fasciné de voir comment Matisse vient animer une surface de couleur en raclant par endroits pour retrouver la toile (ou un dessous coloré). Cette attention au traitement de la couleur permet parfois d’associer Carroll Dunham aux derniers Picasso, et Baselitz dans ses dernières peintures traite la couleur comme De Kooning dans les années 1970. La surface, c’est la profondeur.
Je ne trouve en conséquence aucun intérêt aux « effets » dans la couleur, aux matériologies colorées : la couleur la plus active est aussi pour moi la plus simple, maigre, lisible pour elle-même. Rien ne vient interférer avec son pouvoir propre.
Mes couleurs naissent de la chimie des mélanges sur la table de l’atelier, puis elles me surprennent et captent mon attention par les possibilités de travail qu’elles ouvrent, une fois posées sur la toile. Il leur arrive de rencontrer, au cours de leur mise en œuvre, une couleur vécue. Ma mémoire est colorée : les souvenirs vivaces de l’art italien du Quattrocento, et de toutes les œuvres admirées dans les musées, des jaunes beurrés de Vélasquez, des violets omniprésents de Cosmè Tura s’y mêlent à la mémoire enfouie profondément des couleurs de l’enfance – que la peinture amène au jour –, celles du Rhône, de la colline, du bois de pins. La mémoire parfois liée à une couleur, c’est une couche de richesse supplémentaire qui s’y agrège. J’ai, pour ma part, partagé certaines couleurs avec d’autres peintres : le Violet de Mars avec Rosso Fiorentino, le violet de cobalt clair avec Picasso et Miró, un certain rapport de bleu et de rouge avec Enguerrand Quarton et Fernand Léger, etc., mais chaque couleur, dans son emploi spécifique pour un tableau, est unique.
La couleur est un écueil permanent auquel je me heurte : une couleur peut me tirer dans la mièvrerie, une autre dans le bavardage. Je dois, en peignant, m’éloigner aussi bien de la « belle couleur », m’en méfier comme de la peste, que de la couleur trop volontairement anti-séductrice, la couleur d’un vieux râleur… Le refus de la séduction est violent, la séduction violente aussi. Au fond, la couleur d’un tableau doit être seulement la couleur du tableau. La couleur est ce qui permet d’être lyrique sans volonté de lyrisme.
La couleur, telle que j’en use, induit sa forme : « Les coloristes dessinent comme la nature ; leurs figures sont naturellement délimitées par la lutte harmonieuse des masses colo-rées » (Baudelaire [1]). Que la couleur ait pour moi un rôle central, cela veut dire que, dans le temps de mon travail sur la toile, c’est la couleur qui dessine.
Une prise de position, une inscription dans un mouvement de découverte, un désir d’ouvrir de nouveaux possibles à la peinture sont les volontés qui président au travail du peintre, qui lui dictent de poursuivre ; et puis il y a le surgissement d’une couleur, qui peut tout bousculer, entraîner sa catastrophe.

Juin 2026.

 

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1 Charles Baudelaire, De la couleur, Salon de 1846.
« Die Farbe hat mich » (EN)

In 2000, I took part in the exhibition Die Farbe hat mich (“Colour has taken hold of me”) at the Karl Ernst Osthaus Museum in Hagen, Germany, which continued in 2003 in New York under the title Seeing Red. Klee’s statement sums up perfectly what colour means to a painter. For me, the only thing that ultimately makes a painting work is its colour—and that is always very mysterious. The quality of the colour (its surface quality) means that you paint “after” Piero della Francesca, after Picasso, after Hans Hofmann, and “after,” in this context, means “with.” For me, the link with these painters is colour. Colour is what captivates me, regardless of the “subject” of the painting. I’ve always been drawn to sparse colour—the sort found in Matisse (some of his finest paintings are little more than skin and bones), James Bishop and Miró: this sparse ness often allows the colour to be illumi nated from beneath, by the texture of the canvas that supports it. I am fascinated to see how Matisse brings a surface of colour to life by scraping away in places to reveal the canvas (or a coloured underlayer).
This attention to the treatment of colour some times leads people to compare Carroll Dun ham with Picasso’s later works, whilst Baselitz, in his most recent paintings, treats colour in much the same way as De Kooning did in the 1970s. The surface is the depth. Consequently, I find no interest in “effects” in colour, or in colourful materialities: for me, the most active colour is also the simplest, the most pared-back, legible in its own right. Nothing interferes with its inherent power. My colours arise from the chemistry of the mixtures on the studio table; then, once applied to the canvas, they surprise me and capture my attention through the possibilities for further work they open up. As I work with them, they sometimes encounter a co-lour from my lived experience. My memory is coloured by: vivid memories of Italian art from the Quattrocento, and of all the works admired in museums—Velázquez’s buttery yellows, Cosmè Tura’s ubiquitous purples—mingle there with the deeply buried memory of the colours of childhood, which painting brings to light, those of the Rhône, the hill-side, the pine forest. When memory is linked to a colour, it adds an extra layer of richness. For my part, I have shared certain colours with other painters: the “Violet of March” with Rosso Fiorentino, light cobalt violet with Picasso and Miró, a particular inter play of blue and red with Enguerrand Quarton and Fernand Léger, and so on; yet each colour, in its specific use within a pain-ting, is unique.
Colour is a constant pitfall I come up against: one colour may lead me into sentimentality, another into verbosity. When painting, I must steer clear of “beautiful colour”—distrusting it as I would the plague—just as much as I must avoid colour that is too deliberately unappealing, the colour of an old grumbler… The rejection of seduction is violent; seduction itself is violent too. Ultimately, the colour of a painting must be nothing more than the colour of the painting itself. Colour is what allows one to be lyrical with -out any intention of being so.
Colour, as I use it, dictates its own form: “The draughtsmanship of colourists is like that of nature; their figures are naturally bounded by a harmonious collision of coloured masses (1).” The fact that colour plays a central role for me means that, whilst I am working on the canvas, it is colour that does the drawing.
Taking a stance, being part of a process of discovery, and a desire to open up new possibilities for painting are the driving forces behind the painter’s work, compelling them to continue; and then there is the sudden emergence of a colour, which can turn every -thing upside down, leading to its own catastrophe. 

Juin 2026.

 

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1 Charles Baudelaire, De la couleur, Salon de 1846.

À venir…

Nouvelle représentation

Stéphane Bordarier (1953)

Exposition en 2027

Galerie Dina Vierny
36 rue Jacob
75006 Paris

https://galeriedinavierny.fr

La Galerie Dina Vierny est heureuse d’annoncer la représentation du peintre Stéphane Bordarier (né en 1953 à Beaucaire), dont l’œuvre s’inscrit dans une exploration exigeante de la couleur et de la surface.

Bordarier a très tôt conçu la peinture comme une prise de position dans l’histoire du médium, comme une manière d’intervenir dans un champ pour en déplacer les lignes. Son travail s’est nourri des démarches radicales du XXe siècle, cherchant une voie propre fondée sur la réduction et l’essentiel.

Il rejoint la Galerie Jean Fournier à la fin des années 1980, où il se lie d’amitié avec Joan Mitchell ou Shirley Jaffe, et côtoie Simon Hantaï, James Bishop…

Le langage de Bordarier s’est construit autour de l’élaboration progressive d’une « qualité de surface » qui refuse l’épaisseur et l’effet de matière. Cette syntaxe singulière s’appuie sur une méthode proche de la fresque, l’artiste travaillant la couleur sur l’apprêt à la colle dans le temps même de la prise, de sorte que la couleur semble moins déposée sur la toile que faisant partie de sa surface.

Cette rigueur n’exclut ni l’accident ni l’aventure ni le « mélange des styles ». L’unité de la forme et de la couleur devient le lieu d’une multiplicité de traitements, de remontées du fond, de variations et de juxtapositions inattendues, ouvrant la peinture à une intensité nouvelle, physique, vibrante et profondément contemporaine.

Une exposition personnelle de l’artiste aura lieu à la galerie en 2027.

Édition

TRANSATLANTIQUE – JOAN MITCHELL
­Joan Mitchell (1925-1992), l’une des artistes les plus importantes de l’après-guerre, est aussi une figure résolument transatlantique. À partir des années 1950, alors que Mitchell circule entre les États-Unis et la France, son œuvre, et le discours qui l’entoure, se développent à travers deux continents, deux cultures et deux langues. À l’invitation de Mara Hoberman, neuf artistes, vivant de part et d’autre de l’Atlantique, portent leurs regards sur sa vie, son œuvre et son influence durable.

Directrice d’ouvrage
Mara Hoberman
Auteurs
Kamrooz Aram . Amélie Bertrand . Stéphane Bordarier . Robert Longo . Frédérique Lucien . Carmen Neely . Joanne Robertson . Megan Rooney . Jongsuk Yoon.

Graphisme
Catherine Barluet et Jean François Maurige

176 pages * 10 x 19 cm * couverture brochée
Édition bilingue français – anglais
ISBN : 978-2-493808-10-3 22.00 €
Parution 2 mars 2026

TRANSATLANTIQUE - SAM FRANCIS